Quelle place pour les pharmaciens d’officine dans les missions de santé publique…
La politique de santé a toujours donné la priorité à la prévention, la proximité et les soins durables sont considérés comme éléments fondamentaux de l’égalité d’accès, de la qualité et de l’efficience pour le patient et la collectivité. Le pharmacien d’officine ayant un rôle pivot dans ce dispositif.
La pleine participation du pharmacien d’officine dans l’organisation des soins primaires en Algérie échappe de fait au cadre législatif : il est désormais globalement positif pour ce qui est tout du moins des missions Mais le plein engagement du pharmacien met en relief le besoin de textes réglementaires d’application, et avant cela même, la publication de « bonnes pratiques » opposables pour la dispensation du médicament et la préparation des doses à administrer. Ces textes décisifs déterminent le contenu des actes pharmaceutiques obligatoires et les modalités d’évaluation de leur qualité, à plus forte raison pour étudier les moyens à y parvenir et contrôler la formation complémentaire professionnelle requise pour les missions spécialisées à venir.
Il s’agit de la définition des missions du pharmacien et des préparateurs, de la définition de la coopération interprofessionnelle, des investissements de l’officine en qualification et en technologies, de la formation des coûts et des prix des services, de la spécialisation des enseignements, sommes toutes de clarifier l’orientation de la profession de pharmacien au profit du système de santé.
Au-delà des missions obligatoires, ces propositions relèvent des points d’intérêt technique immédiat, dont certains soulèveront naturellement débat et appelant parfois une intervention des pouvoirs publics :
– l’accès au diagnostic est essentiel pour une analyse pharmaceutique appropriée de l’ordonnance. Les textes déontologiques existants apparaissent suffisantes pour l’accès du pharmacien d’officine aux données de santé nécessaires et ce, dans l’intérêt du patient. La définition de cet accès relève en conséquence plutôt d’un concept de « bonnes pratiques » permettant la compréhension interprofessionnelle des missions et rôles ;
– la vaccination par le pharmacien. Un texte de loi permettrait le développement de prestations sous forme de protocole de prévention (par exemple la vaccination annuelle du vaccin grippal) qui ne supposent pas l’établissement préalable d’un diagnostic. Cette pratique de délégation de tâches, largement développée dans d’autres pays, devrait conduire à une amélioration palpable du taux de couverture vaccinale ;
– le dépistage à des fins d’orientation clinique. Depuis les années 80 l’exercice de la biologie médicale était permis grâce à un arrêté autorisait la mise en œuvre, par le pharmacien, de tests d’orientation cliniques rapides en officine concernant quelques paramètres. Sur ce point, il apparaît opportun de compléter la liste des tests autorisés en officine, afin que le pharmacien tienne pleinement son rôle dans les soins primaires, dans le respect de la compétence biologique essentiellement pour les pharmacies rurales ou très éloignées d’un laboratoire d’analyses médicales conventionnel.
– pour ce qui est des prestations soumises à prescription médicale : il semble nécessaire de distinguer ce qui relève du droit de la sécurité sociale (conditions de remboursement), de ce qui relève du droit de la santé publique (conditions d’exercice professionnel). Il n’apparaît en effet pas judicieux de subordonner de nouvelles activités professionnelles à l’horizon, assez incertain, de leur prise en charge par l’Assurance maladie ;
– une pharmacovigilance améliorée est un objectif majeur pour l’avenir. La pharmacie d’officine est un lieu privilégié de recueils de ces effets indésirables en pratique quotidienne du fait d’un contact direct avec le patient, et du lien facilité avec les professionnels de santé, notamment le médecin traitant. Le dossier pharmaceutique pourrait être un élément essentiel du dispositif, qui permettrait certainement de faciliter des études pharmaco-épidémiologiques dans l’environnement d’utilisation réelle des médicaments, notamment innovants.
– pour ce qui est de la prescription pharmaceutique parfois évoquée par certains confrères, il y a lieu d’intensifier les échanges auxquels la réflexion interprofessionnelle est requise faire l’objet d’un consensus.
– pour ce qui est de la délivrance d’équivalents thérapeutiques présentée sous forme de protocoles, notamment en cas de ruptures d’approvisionnement, un dispositif règlementaire apparaît souhaitable voire nécessaire.
– pour ce qui est des spécialisations éventuelles des pharmaciens et des pharmacies, il apparaît judicieux que le droit d’exercer certaines activités pharmaceutiques nouvelles soit inhérent à une qualification particulière, nominative et qualifiée. Cette qualification individuelle, synonyme de sécurité de pratiques, serait identifiée matériellement et correspondante à son détenteur en officine.
La spécialisation des officines pourrait conduire au développement et constituer des pôles de santé, regroupant plusieurs profils de professionnels de santé (médecins, pharmaciens, infirmières, kinésithérapeutes…), facilitant les coopérations nécessaires interprofessionnelles, approche type pour répondre au besoin de prévention, proximité et continuité de soins de qualité, efficients et accessibles à tous.
Par Dr. OUAZAA Messaoud ; Expert de l’ANPHA…
